«Dansons la Capucine» Quand déco et lutte biologique vont de concert !

Publié le par Les Belles du Baou

Trapaeolum majus, la Grande Capucine appelée autrefois Fleur d’Amour lorsque Louis XIV en offrait à Madame de Maintenon, fait le bonheur des jardins et des jardiniers !!
Elle éclabousse la toile du jardin de ses touches orangers vifs, jaunes, rouges, voire cramoisis, tel un peintre de la joie et de la bonne humeur. Ce feu d’artifice de couleurs éclate vigoureusement dans les jardins, même sous des cieux nuageux, et prend des tons fluorescents lorsque ces nébulosités frôlent l’anthracite. Les feuilles d’un vert clair uniforme ont la rondeur de l’enfance et de la simplicité, leur caractéristique :  le pétiole situé au centre du limbe et donc une forme dite peltée. 

En les observant de plus près, les pétales de la capucine sont gracieusement assemblés pour former un mignon capuchon d’où son nom qui fait référence aux capucines, religieuses de l’ordre des capucins créé en 1528. Initialement, cette forme lui a été donné par Dame Nature afin d’être pollinisée par le fin et long bec de l’oiseau mouche. Et oui, cette belle petite fée n’est pas endémique de nos contrées, mais originaire des Amériques, plus précisément des régions andines d’où d’autres surnoms tels que cresson du Mexique, cresson du Pérou, cresson des indiens. Les Quechuas se servaient des vertus médicinales de la capucine; les conquistadores hollandais la rapportèrent en Europe aux alentours des années 1680.
Elle resta dans un premier temps cantonnée aux jardins de curé, puis devint la fleur du bonheur et de l’Amour après avoir enchanté le plus célèbre de nos rois de France.
Avec sa saveur piquante qui peut rappeler le cresson mais aussi les câpres, on consomme ses fleurs et jeunes feuilles en salade, ses boutons floraux confits dans le vinaigre; un livre de recette du début du 19ème siècle mentionne même une confiture de vinaigre avec ces derniers, certains font également frire rapidement les feuilles dans de l’huile de tournesol pour décorer les plats.
En pharmacopée, elle est intéressante car elle n’aurait pas d’interactions avec d’autres plantes médicinales. Infusions, décoctions, jus, sirop, pommades, lotions, cataplasmes, les usages sont variés car elle a des propriétés antiseptiques, cicatrisantes, diurétiques, expectorante, stimulante ; en élixir floral elle combat la procrastination, vu l’orange pétard de ses fleurs, on peut comprendre pourquoi !!
Cette liane qui grimpe ou qui rampe est cultivée en annuelle sous nos latitudes. Personnellement, je n’ai pas l’impression de la cultiver, dans la mesure où sous le climat doux du midi méditerranéen, elle fait sa vie au jardin. Elle se ressème toute seule dès les premières pluies d’automne et assure au jardin un peu de feuillage lumineux en hiver qui cache la misère de certains coins du potager. En fin d’hiver, elle prend de la vigueur et sa floraison va crescendo, abeilles et bourdons se régalent jusqu’aux premiers cagnards ou plus exactement jusqu’à ce que la capucine ait rempli son rôle de pare feu à pucerons

Car la belle se sacrifie pour sauver le reste du jardin ! Un jour d’humidité sans vent et les pucerons se développent à vitesse grand «V». Ces derniers se concentrent sur les capucines qu’ils sucent à merci. Peu à peu la plante dépérit, le feuillage jaunit. Surtout ne pas traiter!! Dans la chaîne de l’écosystème du jardin, les larves des pucerons attireront les auxiliaires pollinisateurs :  syrphes (petites mouches ressemblant à des guêpes) , chrysopes (petits insectes vert tendre aux fragiles ailes translucides que l’on nomme aussi demoiselles aux yeux d’or) et larves de coccinelles ! Il suffira de couper les plants de capucines fanés et direct au compostage (en couche de lasagne bien recouverte pour stopper le développement des larves) la boucle et bouclée, c’est magique ! (Vous pouvez toutefois traiter avec une solution maison au savon noir notamment si vous cultivez sur balcon).
Au printemps, la capucine devient l’hôte de toute une petite faune dont des chenilles de papillons (ici des chenilles d’une espèce de piérides jaune, il y a aussi la piéride du chou, papillon blanc qui peut faire des dégâts si vous cultivez... des choux, la capucine est une façon de les en éloigner) qui se régalent de ses feuilles mais tout le monde cohabite, il reste assez de feuilles et de fleurs, le reste du jardin se trouve épargné et les oiseaux eux aussi se régalent ! 
Les Capucines poussent à une rapidité impressionnante jusqu’à presque 3 mètres en dix jours. Je les laisse monter sur des arceaux ou se glisser entre les carrés potager. Parfois je dois dompter cette exubérance avec quelques coups de sécateurs, surtout après une bonne pluie! J’en retire de bons volumes de biomasse végétale azotée pour le compostage. 
Je garde toujours de côté quelques graines afin de préparer des semis intermédiaires, cette année par exemple, les pucerons ont frappé fort et nous ne sommes qu’au début de l’été.
Sinon, pas de souci elle repart toute seule pour l’année suivante. Elle peut devenir envahissante, c’est alors l’occasion de déterrer les nouveaux plants et d’en donner aux copines ! Même coupée et déposée dans le composteur, elle racine et redémarre (hé oui vous pouvez donc la bouturer !) . Cela devient un jeu et je la laisse me faire de bonnes surprises de décoration au jardin. Ses couleurs vives détournent le regard du bac à compost ou du récupérateur d’eau de pluie, ses tons orangers ou rouges associés au mauve des giroflées ou au violet des lavandes éclairent avantageusement les vieux murs de pierre.

Sa culture est sans souci, une terre ordinaire, pas trop compacte tout de même, le pied à mi ombre est préférable. Dans ce cas, je me contente de l’arrosage du ciel; bien sûr plus au soleil, il faudra tout de même veiller à prodiguer des arrosages intermédiaires entre deux averses. Avec ses grosses graines, les tous petits se feront un bonheur de les semer en poquets (en zones de climat moins doux ou en saison encore froide) ou directement en terre. Dans les variétés courantes, les graines de capucines sont très peu cher et vous donneront très vite des graines en telle abondance qu’elles pourront rester en place.

Voilà un petit tour d’horizon d’une Belle de jardin qui a su se rendre attachante malgré un certain scepticisme il faut l’avouer. Passé son heure de gloire sous Louis XIV, la capucine a été assimilée dans le langage des fleurs à une indifférente incapable d’aimer. Aujourd’hui elle a repris toute sa dignité et symbolise un amour ardent,  avec toutefois une petite pointe de jalousie quand elle vire aux jaunes, et un amour tout en passion quand arrive le rouge ! Pour ma part, j’aime le message plus ancien de joie et de bonheur qu’elle véhicule, cet effet stimulant, plein de force, d’expansion et de vie! 
Avec la Fée Gina, nous vous offrons donc ce petit bouquet de bonheur pétillant, à noter que ces fleurs dégagent un léger parfum très doux particulièrement les petits matins à la fraîche avant que la rosée ne s’évapore. Alors lancez vous, jardin ou balcon, succombez aux charmes de la capucine ! 

Cordiales salutations des Belles du Baou :-)

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